Calais, 

   Premier terrain de confrontation au sujet

SEPTEMBRE 2015

Impressions étranges d’une ville étrange. Ville en friche, sinistrée, un hôpital désaffecté. Près de 4 000 « migrants », ville de 75 000 habitants, cul de sac de l'espace Schengen.

L'ÉLOIGNEMENT DU CENTRE-VILLE


Premiers repérages, premières photos. Les tentatives d'établir des « squats » dans le centre-ville sont toutes vouées à l'échec. Des lieux abandonnés, « vidés » la veille. Les traces d’un passage, des cordes de tentes, des chaussures orphelines, des restes, insignifiants, et des graffitis, des messages sur des pancartes. Des barrières de sécurité autour, comme si l’assainissement, le « nettoyage », prévalaient sur la vie.

Au premier plan, l'affichage de l'arrêté préfectoral ordonnant l'expulsion des occupants de ce bâtiment.

Camp de fortune évacué

Parvis d'un bâtiment sur lequel des « migrants » s'étaient installés.

Vue de détails de ce bâtiment.
On peut y lire : « We are not animal », « nous ne sommes pas des animaux ».

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De ce que nous constatons, peu de contacts entre riverains et « migrants ». Une cohabitation étrange, une observation de l'Autre ; une tension palpable, une ville sinistrée pour toile de fond.

LA JUNGLE


Souvent, les non-calaisiens décrivent une ville à l'atmosphère fantomatique hantée par les « migrants », des spectres errant toute la journée. 

Et c'est vrai, nous n'avons pas échappé à cette impression. Il y a ces personnes qu’on voit
marcher, marcher ; marcher, les unes derrière les autres comme des prisonniers, sans but, avec l’unique perspective d’une route sans fin.

 

On découvre cette route, cette longue route qui relie le centre-ville à la jungle, « camp sauvage » monté par des milliers de « migrants ». On ignore alors où elle mène.

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Cette route est la rue des Garennes

reliant la jungle à la ville de Calais.

Difficultés à aborder ce sujet, surtout ne pas faire dans le misérabilisme, trouver la bonne distance, respectueuse, ne pas chercher la fausse complicité, à seulement faire des photos.
Comment surmonter son émotion, le choc de la réalité, des conditions de vie, dépasser son indignation première pour développer un propos qui éviterait le sensationnalisme voyeuriste du journalisme à grand tirage ?

PREMIERS QUESTIONNEMENTS 

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Un Irakien nous propose de nous accompagner dans la jungle. C’est sécurisé nous dit-il en anglais, il a l’habitude des journalistes et des photographes. On le suit, parce qu’on se doit de voir, de comprendre ce qui se passe là-bas. On ne dépassera pas l’entrée. Par respect, d’abord, puis à cause de ce voyeurisme touristique que l’on constate tout de suite et qui nous dérange.

L'emplacement de la jungle n'est pas « anodin ».

 

Endroit vaste, loin du centre-ville où les « migrants » ne sont pas les bienvenus ni pris en charge, et surtout au pied d'une bretelle d'accès à la route nationale 216 conduisant à l'embarcadère des poids lourds pour l'Angleterre

Photo n°1

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Photo n°2

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Photo n°3

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Photo n°4

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Ces quatre photos ci-dessus résument à elles-seules la situation calaisienne, une bretelle d'accès gardée par les forces de l'ordre dont la principale activité consiste à fluidifier le trafic (photo n°1), un accès à la zone d'embarquement des poids lourds (photo n°2), des « migrants » qui, à la nuit tombée tentent de monter dans les camions à destination de l'Angleterre (photo n°3), notamment lorsqu'ils font la queue (photo n°4). 

Kilomètres de clôtures grillagées en acier, barbelés, témoignent d'une politique de protection et de

dissuasion à l'encontre des « migrants » qui tenteraient de rejoindre illégalement le sol anglais.

Calais nous fait prendre la mesure des difficultés d'un tel sujet, nous ne ferons qu’un seul portrait dans cette ville...

... avant de reprendre la route direction Munich.