La Finlande, 

   Un contrôle strict

PUNKALEIDUN - 22 NOVEMBRE 2017 

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Ce centre est géré par la Croix-Rouge. Il accueille 130 résidents au moment de notre visite pour une capacité d'hébergement de 150 personnes. La plupart de ces personnes sont des hommes qui viennent d'Irak et de Somalie. Ces hommes sont seuls, mais « seuls » signifie « seuls » dans le centre, cela ne veut pas dire qu'ils n'ont pas de famille par ailleurs. La majorité de ces résidents est là depuis 2 ans et demi, en clair, depuis la « crise » de 2015.

Cette structure d'accueil est située à environ quatre km du supermarché de Punkalaidun, ville de 3 500 habitants environ, en déclin démographique constant depuis plusieurs décennies. Des liaisons sont assurées en bus, deux permettent de se rendre au centre-ville le matin, et deux permettent d'en revenir le soir, les résidents s'y rendent également en vélo ou à pied.

Les demandeurs d'asile reçoivent 320 euros par mois, la nourriture et les vêtements sont alors à leur charge ; ils peuvent aussi faire le choix de ne recevoir que 91 euros, la nourriture et les vêtements sont dans ce cas à la charge du centre d'accueil. Ceci est valable dans ce centre et sans doute pour les autres tenus par la Croix-Rouge, à la condition que ceux-ci disposent des infrastructures permettant aux résidents de cuisiner. La participation aux tâches ménagères est obligatoire, nous avons remarqué les feuilles d'émargement comportant noms et signatures. Même si elle est obligatoire, cette participation n'est pas rémunérée comme cela pouvait être le cas dans certains centres en Belgique.  

Les locaux sont composés de deux bâtiments « in situ », l'un blanc, l'autre jaune ; à cela s'ajoutent quelques appartements dans le centre-ville réservés aux familles quand cette structure en accueille. 

Une dizaine de personnes travaille au sein de ce centre qui est structuré en huit sections de six chambres, chacune pouvant accueillir au plus quatre personnes. Chaque section est équipée d'une cuisine commune, soit huit cuisines au total. Le centre est également équipé d'une salle de sport, d'une salle télé, le hall est considéré comme un « lounge » par les résidents. 


Les interactions qui lient les résidents à leur entourage se comprennent par l'historique des bâtiments. Les deux constituant le centre de demandeurs d'asile sont la propriété de la ville de Punkalaidun. Le plus grand, celui qui est blanc, était à l'origine destiné à l'accueil de « marginaux », d'alcooliques en cours de sevrage, de personnes venant y effectuer des travaux d'intérêt général. À un moment, ce centre de réhabilitation a également rempli les fonctions de centre d'accueil de demandeurs d'asile. Ce bâtiment est composé de nombreuses pièces, dispose de clés, pratique pour y loger de nombreuses personnes. Le second bâtiment du centre est jaune. 


Le bâtiment de briques rouges, en face, est une sorte de « workplace » pour demandeurs d'emploi, un lieu où ils peuvent faire leurs recherches, curriculum vitae et lettre de motivation. Ce bâtiment accueille aussi une laverie.
Compte-tenu de cet historique, le voisinage n'a jamais véritablement manifesté d'hostilité à l'égard des demandeurs d'asile. Dès 1999, des « migrants » ont partagé les locaux avec les résidents du centre de réhabilitation, à ce moment, peu de réaction ; en 2015, les réactions ont été un peu plus vives, mais pas au-delà de quelques mails d'opposition. Des matchs de football, organisés principalement en été, sont l'occasion d'échanges avec le voisinage. Des cours de finlandais sont proposés à hauteur de 4h par semaine ainsi que des cours de danse pour les femmes. D'autres activités avec le voisinage immédiat ou les habitants de la ville sont également proposées mais peu de résidents y participent, la situation qui est la leur incite plus au repli sur soi, à rester dans son (modeste) espace d'intimité plutôt qu'à l'extériorisation, à la découverte d'un Autre marqué par une culture différente.

La discussion que nous avons eue avec notre interlocuteur nous a permis d'avancer encore dans la compréhension du système d'accueil en Finlande. L'affectation des demandeurs d'asile à un centre relève d'une décision souveraine du MIGRI. Cependant, les structures d'accueil peuvent s'exprimer en fonction de leurs spécificités : localisation, proches d'hôpitaux, de cliniques pour recevoir des malades ; bâtiments plus propices à l'accueil des personnes handicapées ou des familles.

Parmi les résidents du centre, quatre travaillent, ainsi que l'autorise la loi comme nous l'avons appris à Tampere. Même si la pratique d'un bon niveau d'anglais est courante, la maîtrise du finlandais est indispensable et constitue une réelle barrière à l'intégration.


Par ailleurs, nous comprenons mieux la logique des procédures de demande d'asile, la façon dont les entretiens sont conduits, les obligations, qu'elles soient tacites ou explicites, imposées aux demandeurs d'asile. 


Durant la procédure d'instruction, tout l'enjeu consiste pour les candidats à l'asile à convaincre l'instructeur du dossier. Dans certains pays, comme l'Autriche, il s'agit de démontrer sa capacité à s'intégrer, à maîtriser la langue, attester de ses compétences. Ici, en Finlande, comme nous l'a indiqué notre interlocuteur dans ce centre, il faut être « good enough, but not too good » [que l'on pourrait traduire par « suffisamment bon mais pas trop »], il faut démontrer sa capacité à s'intégrer, mais pas trop parce que si une personne, en Finlande, parvient à s'habituer au climat, à franchir la barrière de la langue, alors cette personne pourra très bien s'intégrer ailleurs, pourquoi donc la garder en Finlande ?
Elle nous a également précisé que les subsides de l’État ne s'arrêtaient pas avec l'obtention du statut. Les réfugiés sont aussi accompagnés après et bénéficient d'aides de l'État, à la différence de l'Autriche. Quand ils quittent le centre, une assistante sociale remplit un dossier/formulaire et prévient un travailleur social dans la future ville d'accueil des réfugiés.

Ce centre est assez terne, les pièces communes ne sont pas très vivantes. Comme beaucoup de lieux que nous avons photographiés, les personnes fréquentent les espaces « personnels », en dehors, la vie semble y être comme absente. La personne qui nous a reçus nous a expliqué que le soir, le hall est plus fréquenté, la connexion WIFI est meilleure dans cette partie du bâtiment, les résidents en profitent pour contacter leur famille. 


Les conditions matérielles de vie ne nous ont pas heurtés, nous commençons aussi à comprendre que, généralement, ce ne sont pas des conditions physiques d'accueil dont souffre les demandeurs, en tout cas, ici en Finlande. L'attente, l'éloignement de la famille, le rythme de vie auquel les résidents doivent se conformer, l'éloignement géographique de pôles d'activité, de vie, les exigences imposées et acceptées dans l'espoir d'une réponse positive (langue, tentative d'intégration), l'hostilité des autochtones sont autant de facteurs qui contribuent à la dégradation de la santé psychologique des demandeurs d'asile. À cela s'ajoutent aussi des subtilités juridiques difficilement compréhensibles pour un étranger ne maîtrisant pas du tout la langue. Par exemple, selon le statut accordé, réfugié ou protection subsidiaire, les conditions et les modalités du regroupement familial ne seront pas les mêmes. Prendre la décision déchirante de faire le trajet seul depuis son pays natal, une fois parvenu dans un pays où déposer une demande d'asile, attendre, attendre, encore attendre une décision qui selon sa nature, ne permettrait pas d'obtenir le regroupement familial et seulement l'autorisation de rester sur le territoire durant un à  quatre ans.


Notre interlocuteur a évoqué, au sein de ce centre, un taux de réponse positive d’environ 10%, moins que la moyenne nationale ici, en Finlande (sans doute parce que principalement des hommes seuls). 

Les centres en Finlande